RÔLE ET PRAXIS

Produit de la lutte du prolétariat contre l’exploitation capitaliste et la propriété privée, les révolutionnaires expriment une nécessité impérieuse de résistance à l’ordre établi. Il s’agit, pour les révolutionnaires, de participer au processus de prise de conscience se déroulant au sein du prolétariat et à dénoncer, à cet effet toutes les mystifications idéologiques. Les révolutionnaires n’incarnent pas la conscience. Ils participent simplement à un moment d’une dynamique globale qui passe par la confrontation d’idées, d’expériences, de théorisations. L’homme est contradiction. Il faut tenir compte du mouvement réel, en insistant sur le positif : ceci empêche de s’enfermer dans un quelconque dogmatisme. Démarche fondamentale, permettant les ruptures : questionnement indispensable, refus de l’autorité, rire devant la bêtise fait partie de la révolte. Ainsi, la praxis révolutionnaire repose sur un pari : qu’il est matériellement possible de concrétiser, dans un futur, le rêve d’une réconciliation de l’homme avec lui même et avec le monde, d’une – pour reprendre l’expression de Marx, – naturalisation de l’homme et d’une humanisation de la nature. Marx, s’il critiquait Feuerbach pour son « anthropologisme », n’a jamais nié que l’homme, même en tant qu’ensemble de rapports sociaux, soit plus qu’un simple point d’intersection et un simple créateur de ces rapports sociaux. La célèbre sixième thèse de Marx sur Feuerbach, qui est jusqu’à présent couramment comprise dans ce sens, est, de toute évidence, incorrectement interprétée du point de vue sémantique, car elle n’est pas replacée dans le contexte de développement allant des Manuscrits économico-philosophiques, qui l’ont précédée, à l’Idéologie allemande qui lui fait directement suite . Notre conception se réfère à la tradition du mouvement ouvrier, qui implique l’ouverture, la libre discussion, l’affrontement entre positions divergentes, le refus de la violence au sein de la classe ouvrière. A partir de cette définition, on peut entrevoir ce que pourrait être l’activité du rôle des révolutionnaires : l’élaboration théorique ne peut se faire en vase clos et doit tenir compte du cheminement général de la combativité ouvrière, tout en tenant compte du débat général développé au sein du milieu politisé. A la positivité d’une raison instrumentale au service de l’organisation, à l’utopie totalisante du sujet hégélien unifié, le militant, à l’objet organisationnel sous l’emprise du Savoir du parti, nous opposons la mise en œuvre constante d’une critique susceptible de mettre en évidence le cheminement de la réflexion, la tension existant entre la confrontation entre le réel et les concepts élaborés, et la rectification nécessaire. Nous prônons la praxis, dans le sens marxien du terme. L’élaboration théorique ne peut être que le résultat d’un débat contradictoire, se développant à partir d’une pratique concrète. Revenir à Marx, revenir aux leçons du passé, intégrer l’expérience historique ne peut se faire que dans la discussion contradictoire, qu’en tenant compte aussi des leçons d’aujourd’hui. Cela signifie non pas la remise en cause des apports théoriques du passé, mais leur discussion afin de permettre un enrichissement théorique au travers de l’expérience actuelle. Il ne s’agit pas de constituer un pôle de regroupement, prélude à un nouveau parti, énième version de la démarche organiciste léninienne, mais bien de se voir comme un processus participant, au travers de l’élaboration théorique, à la nécessaire prise de conscience du devenir prolétarien et de sa négation. C’est en cela que nous nous considérons comme carrefour, comme lieu de confrontation et de discussions politiques. Cette conception refuse à la fois l’intervention militante à but éducationniste, visant à apporter la connaissance, l’explication, la conscience que l’organisation cénacle, refermée aux bruits du monde, afin de pouvoir reformuler une nouvelle fois l’invariance d’un marxisme aseptisé. Notre conception défend le rôle des révolutionnaires comme catalyseurs de la réflexion politique au travers de la confrontation politique afin de permettre le saut dialectique entre théorie et pratique vers une praxis révolutionnaire, en fonction du mouvement de classe. Il s’agit de réaffirmer l’inexistence d’une théorie achevée. Le propre de la théorie est justement de pouvoir être mis en question par l’évolution de la réalité sociale et historique. Ce travail de discussion doit pouvoir être mené. Comment discuter ? Elle s’organise autour de l’idée d’une situation de parole idéale, dans laquelle les participants à une interaction expriment des prétentions à la validité soumises à la seule «contrainte non contraignante» de l’argument le meilleur. Le noyau de cette pragmatique est une théorie complexe de l’argumentation et de l’action langagière, qui est comme l’ossature du social. La situation actuelle Aujourd’hui, avec le contexte de la postmodernité, l’individu fait place à l’individualité et à l’individualisme outrancier, l’espoir se transcendante par la consommation à outrance ou la « sous-consommation » écologiste. Ceci procède d’une main mise de plus en plus forte du procès de valorisation qui transforme effectivement l’individu en consommateur, utilisateur. On peut comprendre, sans le justifier, les réactions de désespoir de ceux qui réagissent contre la réification. L’alternative révolutionnaire n’est pas de prôner l’espoir, mais bien, par l’énonciation critique de susciter le passage à l’action critique. Il ne s’agit pas de donner « espoir » à l’individu, de lui permettre de rêver autre chose (ce qui ne signifie pas que je récuse l’activité artistique ou poétique), mais bien de permettre par l’énonciation critique (formulée dans les revues et journaux) de passer du stade de l’individualité à celle de sujet, engagé dans une activité critique (activité collective de classe) permettant l’émergence du sujet conscient. Cette énonciation critique permet effectivement de mettre à mal le Discours sociétal et contribue ainsi au processus de prise de conscience, de contester en quelque sorte la désymbolisation en cours. Cette énonciation critique a toujours été partie prenante de l’activité des révolutionnaires. Celle-ci requiert polémiques et discussions, confrontations et remises en question excluant tout usage de pratiques d’intimidation. La discussion ne peut être tranchée que par l’analyse de la réalité politique des faits et non par des arguments d’autorité, des arguments dissuasifs ou par des arguments faisant appel à la force physique de l’un des protagonistes. Cette énonciation critique se réfère à la tradition du mouvement ouvrier, qui implique l’ouverture, la libre discussion, l’affrontement entre positions divergentes, le refus de la violence au sein de la classe ouvrière. L’importance des réunions publique de discussions En tout cas c’est ce que nous avons essayé de faire depuis des années avec les réunions publiques de discussions de PI. La Réunion de PI était un lieu ouvert, accessible aux groupes et aux individus sympathisants. P.I. ne défendait jamais pied à pied ses positions mais laissait la discussion circuler et ceci a créé un réel lieu de discussion que les participants appréciaient comme tel. Pourtant, jusqu’à présent toutes les activités critiques émergeant des luttes prolétariennes, où durant quelques instants les prolétaires se sont considérés comme sujet de leur propre histoire, se sont repliées, ont été récupérées, ont vu la « loi » de la valeur reprendre le dessus. Pourquoi les activités critiques qui se sont développées dans le domaine de la formation de l’homme, je fais allusion aux tentatives d’éducation autres en Russie (Tolstoï, Vera Schmidt), aux communautés éducatives de Hambourg, aux expériences libertaires (Robin, l’orphelinat de Cempuis, La Ruche de Sébastien Faure,…) se sont émoussées ? Pourquoi des activités critiques prises dans le contexte de la production n’ont pu être menées à terme (les coopératives de production, de distribution, les communautés agraires,…) ? RGF, en théorisant le concept de « contre – révolution » apporte un élément de réponse. Il y a de plus surestimation des possibilités d’échapper au pouvoir, au poids de la loi de la valeur ici. Aujourd’hui l’énonciation critique est confrontée à un Discours sociétal qui véhicule l’idéologie justifiant la réification. Peut-on affirmer que « l’espoir » qui y est distillé soit remis en cause ? Le citoyen – consommateur, malgré les soubresauts de la crise – peut encore être satisfait. FD