11 ETAT-RESEAU

Ce nouveau siècle qui s’est ouvert est marqué, à la fois par la continuité, et à la fois par les transformations profondes. Continuité d’un système en proie à ses contradictions économiques irrémédiables; transformation d’une société qui, comme tout organisme vivant, bouge, évolue, s’adapte pour survivre. Plus le capital progresse, comme il l’a fait depuis 1914, et plus particulièrement depuis 1945, plus ce progrès se révèle être régressif; une menace mortelle à la poursuite de l’existence de l’espèce humaine. La création d’un vaste surplus de population, dont l’exploitation n’est désormais plus nécessaire ni profitable (à n’importe quel niveau de salaire), a jeté les graines d’orgies nouvelles et plus dévastatrices de meurtres de masse, organisés de façon délibérée par l’État capitaliste. Indiscutablement, le monde tel qu’il se définissait après les deux guerres mondiales a vécu et si la crise, l’exploitation et la barbarie sous toutes ses formes continuent à marquer le cours de l’histoire, les termes ne s’en définissent plus de la même manière sur le plan de l’organisation économique et politique de la production et de l’organisation sociale, de la manière dont la loi de la valeur infiltre les domaines les plus privés de l’activité et de la pensée humaine. Nouvelles donnes : la Postmodernité La destruction, comme les deux guerres mondiales l’a montrée, devient inhérente au capitalisme, pas seulement dans la violence déclarée, civile ou militaire. Partout la bourgeoisie organise l’obsolescence des objets, c’est-à-dire que la durée de vie des objets, des produits industriels, est abrégée volontairement : le prêt à jeter se généralise, l’industrie du gadget se développe…. L’armement entre dans la production pour la croissance. Mais avec les changements économiques de la fin du 20ème siècle, les relations sociales se transforment, et la postmodernité laisse ainsi entrevoir de nouveaux dysfonctionnements : remise en question du savoir rationnel, de la fonction du père, de la famille, crise de la symbolisation, perte du mot, tout cela au profit de la « compétence ». Depuis, malgré le discours « pacifiste » de la bourgeoisie. L’après-guerre avait partagé le monde en deux blocs impérialistes concurrents, la dynamique de « mondialisation » a progressivement fait voler en éclat les murs trop rigides. CHANGEMENTS DU XXème SIECLE Que signifient tous ces changements ? 1. Mutations économiques : Une nouvelle révolution industrielle ? Si les années 60 marquaient la fin des occupations coloniales paternalistes, l’exploitation des richesses en minerais et particulièrement des sources et de la circulation des énergies (gaz, pétrole) se fait sous forme de « partenariats » entre les pays pauvres souvent abandonnés à leur soi-disant souveraineté nationale et les entreprises des pays développés. Les grandes puissances coloniales ne s’encombrent plus de construire des routes, des hôpitaux et des écoles dans les territoires colonisés mais vont désormais à l’essentiel de l’exploitation… La fin du plan Marshall. Et relance européenne après 1965. L’écroulement du mur de Berlin constitue une métaphore dans ce processus et le visage de l’impérialisme aujourd’hui est représenté par un double mouvement : celui des ententes économiques passagères et de domination hégémonique d’un seul bloc d’une part et d’autre part d’un accroissement sans précédent des tensions et des conflits impérialistes, entraînant une instabilité politique mondiale et une nécessité d’interventions et d’occupations militaires directes. Il y a Transformation de la vie économique : de nouvelles implantations économiques dans les pays à bas salaires se font jour. Pays émergents : Japon, Chine. Pétro dollars. Les enjeux pétroliers. Le K évolue et passe d’une économie de production, à une économie de consommation : Jouissez sans entraves. La mondialisation, avec l’interdépendance des économies nationales, la circulation très rapide des biens et des capitaux, ainsi que le développement d’un capital fictif de plus en plus autonome représentent la capacité du système économique à contourner temporairement certaines de ses contradictions (tout en se fragilisant encore davantage). La croissance se poursuit, mais une transformation s’opère : la croissance implique désormais la destruction pour pouvoir se maintenir. Partout la bourgeoisie organise l’obsolescence des objets, c’est-à-dire que la durée de vie des objets, des produits industriels, est abrégée volontairement : le prêt-à-jeter se généralise, l’industrie du gadget se développe…. L’armement entre dans la production pour la croissance. Après 68 De l’internationalisation à la mondialisation La circulation internationale des marchandises n’est pas une nouveauté, car, comme le souligne Braudel , qui forgea le terme « d’économie-monde », ce phénomène existait déjà auparavant, de même que le marché, cher aux « Phéniciens ». L’existence d’un vaste espace économique, pour écouler les marchandises, n’est pas un phénomène nouveau en soi. L’Empire romain constituait déjà, en son temps, un marché « mondial » méditerranéen. Par la suite, on ne compte plus les routes commerciales internationales : routes du sel, de l’or, des épices ou de la soie… Il s’agit d’échanges internationaux fonctionnant au rythme du transport équestre et maritime d’abord, du transport motorisé ensuite, impliquant de nouvelles transformations. Le processus d’extension territoriale accompagne le mouvement d’accumulation du capital, dans les limites imposées politiquement par ce qu’il est convenu d’appeler l’Etat. Celui-ci intervient pour protéger le mouvement d’accumulation, soit en fermant les frontières, par le protectionnisme douanier, soit en les ouvrant. Alors que l’internationalisation prenait appui sur les Etats-nations, la mondialisation des moyens technologiques, en mobilisant d’autres acteurs, échappe à leur maîtrise. A l’encontre de l’internationalisation, la mondialisation suppose, au contraire, un foisonnement d’échanges, un réseau de globalismes localisés et de localismes globalisés. La rupture des frontières nationales renforce d’abord l’effet de fragmentation. Avec l’explosion des flux inhérents à la mondialisation et la porosité des frontières qui en résulte, la coïncidence du droit et de la souveraineté ne va plus de soi. Un nouveau droit international apparaît également, droit contractuel produit par des acteurs transnationaux comme les cabinets d’arbitrage commercial, droit qui tire sa pertinence de son adaptabilité au marché. Effets Ce mouvement de mondialisation, commencé dans les années 60) a entraîné une circulation et une flexibilité extrêmes de la main-d’œuvre internationale désormais sans racines et sans ennemi identifié mais en même temps confrontée à une unification progressive de ses conditions d’exploitation. La mondialisation actuelle correspond à l’émergence d’un « troisième type » de capitalisme depuis 1975. Ce capitalisme n’a plus grand-chose à voir avec le capitalisme industriel qui, à sa naissance (1750-1820) rompit avec le capitalisme mercantiliste et esclavagiste. De même pour les pays anciennement colonisés. La numérisation C’est le Début de la numérisation, tournant 1980 : apparition de l’ordinateur personnel. Le technologique prend de l’ampleur. Une nouvelle gestion économique apparaît : on passe de la contrainte à la persuasion. Le K financier émerge, le change devient flottant. La mondialisation est à l’œuvre. Ces quarante dernières années ont vu une accélération sans précédent de la capacité du système à se transformer. L’utilisation des nouvelles technologies ont modifié profondément les formes d’organisation du travail, la composition de la classe ouvrière et la notion de travail productif. La cybernétique La société technologique, cybernétique a tendance à faire de l’homme des appendices de la machine, machines industrielles ou cybernétiques. Cette société réprime nos besoins d’être vivants, d’être actifs, de créer, d’aimer; elle empêche les hommes de communiquer entre eux, d’être solidaires. Le processus techno-industriel a instauré la division généralisée, sociale et technique, du travail, nécessitant toutefois l’installation d’un nouvel espace pour permettre l’exploitation : l’atelier informatisé virtuel. La science se réduit à la technologie. Les connaissances se parcellisent. Difficultés pour élaborer un savoir. Il n’y a plus de références totalisantes expliquant le monde. Les exports apportent des connaissances parcellaires. L’algorithme permet de prévoir, et d’évaluer en fonction de la valeur argent. Il y a Automation généralisée, sans intervention humaine. La Restructuration numérique entraîne une sélection. Décomposition de la classe ouvrière liée à la production industrielle, au profit d’une recomposition d’une classe de travailleurs liée à la consommation numérique (intégration de nouvelles couches sociales). Donc, même si la production augmente, le capital ne fournit pas de travail pour une partie croissante de la population mondiale. De plus, ce n’est pas simplement un phénomène d’armée industrielle de réserve qui sert à maintenir le niveau des salaires bas. C’est une masse humaine qui est devenue un fardeau insupportable pour le capital; une masse qui ne peut pas consommer, qui ne peut pas réaliser la plus¬ value contenue dans la pléthore de marchandises qui sont produites, même si elle doit à la fois être maintenue et contrôlée jusqu’à ce que ou à moins que le capital ne puisse disposer d’elle. Elle favorise, grâce aux nouveaux outils informatiques, l’expression d’agents jusqu’alors handicapés par la faiblesse de leurs moyens : les régions et les divers individualismes propres à la « postmodernité ». Avec la domination formelle du capital, la loi de la valeur ne fournit pas directement les bases de la subjectivation de l’ouvrier. Le capital prend simplement l’ouvrier comme il a été subjectivé dans le monde pré-capitaliste, et il ajoute essentiellement la discipline de l’entreprise, le législateur et le bourgeois au sujet humain tel qu’il l’a trouvé historiquement. Aujourd’hui, on est confronté à un mouvement de restructuration du K, qui passe de l’ère de la production industrielle à la consommation numérique. Cela entraîne des changements : exclusions, angoisses, insécurité, Ce que nous appelons révolution de l’information est en fait une révolution du savoir. Ce n’est pas la machine qui a permis de standardiser l’ensemble des opérations de production, l’ordinateur a seulement servi de déclencheur. C’est l’analyse logique systématique à la réorganisation du travail traditionnel fondé sur des siècles d’expérience qui a été bouleversé. Il s’agit en effet de passer • d’un marché du travail où le salaire était basé sur les coefficients des conventions collectives, basés sur la correspondance entre une qualification (garantie elle-même par un diplôme et/ou l’ancienneté) et un poste de travail précisément décrit • à un marché des travailleurs où le salaire sera peu à peu « négocié » individuellement sur la base de « compétences » individuelles que le salarié pourra faire valoir. La différence est perceptible dans les mots utilisés : on voit bien qu’ouvrier « non qualifié » ne signifie pas la même chose que salarié « incompétent », dans un cas le travail est désigné, dans l’autre un jugement est porté sur la personne. Un autre aspect majeur est l’explosion de ce que l’on peut appeler la numérisation ou la digitalisation des biens. La forme numérique consiste en un texte composé essentiellement de 1 et de 0. L’informatique permet de mettre sous cette forme des biens, comme des biens de consommation tels des films, des tableaux, des morceaux de musique, des jeux, par exemple. Mais aussi des biens de production, comme par exemple le logiciel qui conduit une chaîne de montage automatique d’automobiles. Un tel logiciel, même s’il a coûté des millions d’heures de travail à produire, peut être mis sous forme numérique dans quelques disques informatiques. Or les biens numériques ont cette spécificité qu’on pourrait dire « magique » qu’ils peuvent être reproduits avec un coût pratiquement insignifiant. Les biens numériques, une fois créés, échappent à la pénurie. Sauf évidemment si celle-ci est imposée par la force, comme par exemple avec le copyright. Il n’y a pas de mot pour décrire cette qualité. On pourrait dire que ce sont des biens « non-pénurisables ». C’est comme si une tonne de pétrole, une fois extraite, pouvait brûler éternellement. Ou comme si la plus complexe des usines pouvait être reproduite avec un clic de souris. C’est encore un bouleversement énorme, difficile d’en sous-estimer l’importance, particulièrement pour ceux qui ont comme perspective l’avènement d’une société non-marchande, une société sans argent, basée sur la gratuité. Le développement de biens de consommation et de production gratuitement reproductibles est un élément clé pour une société d’abondance, une société de « suffisance » dans laquelle on puisse éliminer l’échange marchand. À propos des technologies nouvelles Au niveau de l’informatique, il s’agit essentiellement de la généralisation de l’emploi des ordinateurs puis des micro-ordinateurs qui permettent de rendre disponible au niveau du particulier la puissance informatique. A la base se trouvent les micro-processeurs. L’importance de l’avancée que constitue l’informatique peut être mise en relief sous deux aspects. Le premier c’est l’avancée qualitative qui se produit au niveau du rôle des machines. Celles-ci ne sont plus simplement un outil, un appendice de la main de l’homme, mais des objets capables de remplacer l’homme dans un nombre toujours croissant de tâches. Elles peuvent en particulier faire des raisonnements, des suites de raisonnements logiques et prendre des décisions en fonction de critères préétablis, ce qui est énorme et qui n’existait qu’à peine dans les machines précédentes. A cela vient s’ajouter le fait que cette machine peut posséder pratiquement les cinq sens de l’homme : la vue, (les ordinateurs savent par exemple reconnaître un visage), l’ouïe, le toucher et récemment de plus en plus le goût et l’odorat. De ce fait nous pouvons avoir des machines qui peuvent prendre des décisions en fonction de critères basés sur la perception de la réalité à travers les cinq sens. Ça n’a l’air de rien, mais c’est un saut qualitatif du point de vue du progrès du machinisme et des moyens de production. « Contrairement à une idée reçue, l’automatisation ne libère pas les humains du travail, mais les asservit davantage. Malgré des échecs répétés, la prophétie de l’automatisation libératrice se renouvelle sans cesse. Une étude d’Oxford a récemment prédit que près d’un emploi états-unien sur deux était voué à disparaître d’ici vingt ans. Moins alarmiste, l’OCDE estime tout de même que 9 % des emplois français présentent un « risque élevé d’automatisation ». Si ces données ont de quoi faire peur, elles suscitent aussi certains espoirs. Une partie des défenseurs du revenu universel s’appuie ainsi sur l’argument d’un surplus de temps et d’argent, libéré par les machines, que nous pourrions redistribuer pour le bonheur de tous : retour de l’utopie ? Mais il existe un décalage considérable entre la façon dont on s’imagine l’automatisation et sa réalité concrète. Les ouvriers de l’automobile le savent bien, eux qui entendent depuis longtemps les promesses de qualification et d’autonomie tout en étant confrontés quotidiennement à l’intensification du travail et à la perte des savoir-faire. Les médias participent pleinement à cette confusion : les journaux télévisés montrent des bras automatisés sur des chaînes de montage mais en arrière-plan les maladies du geste répétitif explosent. Elles sont de plus en plus précoces, comme dans les entrepôts de la grande distribution ou ceux de la vente en ligne. Et pourtant, les ouvriers de la logistique travaillent désormais avec de l’informatique : ils ont des écrans tactiles accrochés au bras ou des casques audios pour recevoir les ordres d’une voix numérique, une sorte de taylorisme assisté par ordinateur. Même lorsque la machine brise la santé, l’automate reste la solution miracle. Pour maintenir les cadences sans revoir l’organisation du travail, les industriels testent actuellement des exosquelettes et autres robots, ces robots collaboratifs censés accompagner l’humain. Plutôt que de revoir l’organisation du travail, ils préfèrent pousser à son comble la logique techniciste en équipant le corps humain jugé trop faible d’un artefact mécanique. Face aux impasses sanitaires, ils brandissent également le rêve d’une usine sans ouvriers, mirage qui s’éloigne dès qu’on s’en approche ». 2. Transformation de l’Etat Il est donc normal qu’avec les changements technologiques, apportés par ce qu’il est convenu d’appeler l’informatisation, des modifications apparaissent quant au fonctionnement de l’Etat moderne, dans le contexte de domination réelle du capital. Ces changements économiques et de l’Etat peuvent avoir des répercussions pour la lutte du prolétariat, et nous obligent à interroger le mouvement actuel afin d’apprécier s’il constitue un renforcement ou non de l’appareil de gestion politique de la bourgeoisie. Elle permet un taux de plus-value plus élevé au travers d’une plus grande exploitation de la classe ouvrière ainsi que grâce au transfert de plus-value qu’elle organise vers les pays les plus développés – en particulier les Etats-Unis. Si les États conservent leurs fonctions de contrôle social, de coercition, et, à certains moments, de régulation économique, la nécessaire adaptation et articulation avec les structures supra-nationales impliquent des modifications de leur rôle et de leurs interventions. Le mouvement du capital s’est toujours caractérisé par un mouvement étroit entre marché et Etat, qu’une innovation technologique pouvait amener des changements importants quant à l’accumulation du capital, sans pour autant remettre le système en question. Cependant, l’Etat national contrôle de moins en moins le marché au profit d’institutions supranationales et de réseaux parallèles, et une nouvelle idéologisation va apparaître. Il ne s’agit pas de voir l’idéologie comme une vaste opération militaire décidée par un Etat-major occulte. En 2000, les échanges financiers étaient de l’ordre de 1 300 milliards de dollars par jour, soit 50 fois le volume des transactions commerciales journalières de l’époque, et presque autant que le montant des réserves des banques nationales, qui étaient de 1 500 milliards de dollars à ce moment-là. Selon des chiffres de 2002, la tendance est la même : « On appelle globalisation financière la constitution d’un marché mondial des capitaux, c’est le processus le plus avancé. Les flux les plus importants en valeur, les plus rapides, les plus fluides et les plus constants concernent les capitaux. Chaque jour le volume des transactions sur le marché des changes est plus que 60 fois supérieur au volume journalier du commerce mondial. Cette circulation est caractérisée par une unité de lieu : les bourses sont connectées par de puissants réseaux informatiques et de télécommunication et une unité de temps, le décalage horaire qui les sépare permettant que le système ne s’arrête jamais, une bourse ouvrant avant que l’autre ne ferme. » ( ) De l’Etat Nation, l’homme producteur, vers l’Etat Réseau, Individu consommateur. Le développement du K exige un nouveau modèle. Une des connexions du territoire et du pouvoir est en train de disparaître. L’impérium était la capacité à décider du lieu de production. De nos jours des pouvoirs et des pays n’ont pas besoin de contrôler le territoire et déploient leur puissance par les multinationales. Les échanges de produits se font de plus en plus par les nouvelles technologies. Cela accroît l’efficacité et la flexibilité à court terme, mais augmente les risques pour chaque entreprise. La constitution de réseaux multiples implique que l’Etat-nation traditionnel n’a plus guère de prise sur la circulation des marchandises. Dans le processus actuel de la mondialisation, une révolution de la même ampleur que la révolution industrielle du XIXème siècle est en cours. Le commerce, les nouvelles technologies et les échanges de toutes sortes font éclater le cadre de l’Etat-nation hérité du XXème siècle. Cette remise en cause de l’Etat-Nation par les réseaux concerne, à terme, la capacité des gouvernements à lever l’impôt et celle des banques centrales nationales à émettre de la monnaie. Ces nouvelles forces sur la scène internationale, non liées au territoire, ont, avec les technologies nouvelles des moyens de manipulations à distances de flux nombreux et de plus en plus performants. Les penseurs de la bourgeoisie n’ont pas hésité à s’interroger à cet effet et à proposer des réponses triomphalistes en forgeant le concept de « nouvelle économie ». – Dans les années 70, dans « Le capitalisme mondial » CA MICHALET recommande de substituer le paradigme de l’économie mondiale à l’économie internationale. Il met en avant le rôle des firmes multinationales et leur essor depuis les années 50. – Alain CAILLÉ parle d’un « mégacapitalisme parfaitement insensible aux attaques effectuées sur une base seulement nationale ». – D’autres auteurs, comme S LATOUCHE, mettent en avant l’idée d’un marché devenu planétaire sous l’emprise d’une mégamachine liée à la technostructure. (Presses de sciences po, 1998). – Dans « L’économie mondialisée », consacrée au capitalisme du XXIème siècle, R REICH considère que l’extension de la sphère marchande à l’échelle de la planète remet en question le concept d’économie nationale et rend obsolètes les particularismes nationaux du capitalisme. – Quant à l’avenir, Michel Beaud, dans son « Histoire du capitalisme », écrit «nous pensons que le capitalisme est plus puissant et plus vivace que jamais ; ce qui s’inaugure, c’est un nouvel âge du capitalisme, caractérisé par la mobilisation croissante de la technoscience par les firmes pour l’innovation, la création de nouveaux produits et de nouveaux procédés et la lutte permanente, dans la compétition, pour recréer des situations monopolitistiques ». Le réseau devient un paradis fiscal où toutes les transactions, « anationales », sont effectuées avec une monnaie virtuelle et hors de tout prélèvement fiscal. Les États pourraient se voir privés de leurs moyens de subsistances, les recettes fiscales. La liberté des transactions internationales, l’ouverture et la déréglementation des Bourses ont enlevé aux États le contrôle qu’ils exerçaient jadis, dont le big bang, en 1986, a été la déréglementation des Bourses de Londres. La gestion du risque est transférée au système financier par le biais de systèmes d’assurance. Mais renvoyer au système financier, c’est renvoyer à l’Etat. L’interpénétration de l’Etat et du système financier a permis la survie de banques en faillite en Norvège et en Finlande au début des années 1990, où l’Etat a racheté toutes les banques. En France, le rachat du Crédit Lyonnais par l’Etat a coûté 2.000 FF par personne. Le FMI fait la même chose à l’échelle internationale. La nouvelle place de l’Etat contredit les discours sur la disparition de l’Etat dans l’économie : l’Etat disparaît de la production immédiate, mais contrôle le processus d’ensemble. Pourquoi la révolution technologique et économique, doublée d’une phase de croissance et de création d’emplois exceptionnelle, s’est-elle accomplie d’abord aux USA, et seulement beaucoup plus tard en Europe ? Sur les questions économiques et monétaires, l’Allemagne a acquis un poids et une capacité d’action presque aussi importants que ceux des USA. Depuis 1958 déjà, les décisions concernant la politique commerciale commune de l’union européenne se prennent à la majorité ; depuis 1999, une Banque Centrale Européenne veille sur l’euro. La mondialisation donne à l’intégration européenne une justification supplémentaire aujourd’hui. Avec la naissance de l’euro, on pouvait escompter de grandes fusions d’entreprises au niveau européen. Le phénomène s’est d’abord opéré au niveau national, avec la naissance de champions nationaux dans le secteur bancaire : BNP PARIBAS, fusions bancaires en Espagne, en Italie, en Allemagne, maintenant une logique de défense contre l’étranger (JL : ??). En ce début de nouveau millénaire, la bourgeoisie accentue des changements politiques quant à la gestion de l’Etat. Le caractère de nécessité et d’urgence que prend pour l’Etat la réforme de ses institutions montre le niveau d’intensité de la crise de l’Etat. Il essaie de se restructurer, de se réaménager, mais il maîtrise mal les voies de dépassement de la contradiction entre sa forme ancienne d’Etat-nation et la réalité de ses derniers développements sous la forme d’Etat-réseau. Dans l’économie capitaliste actuelle, le travail n’est plus seulement ce sur quoi repose la production de la valeur. Le capital n’est plus essentiellement constitué de la plus-value issue du travail non payé dans le processus d’exploitation des prolétaires. Le capital se déploie et se développe de plus en plus sur des activités à haute valeur ajoutée : recherche, génie génétique, Internet, information, médias… Dans ces activités, la part du travail salarié peu ou moyennement qualifié est parfois extrêmement faible. Le capital prospère désormais sur la gestion des finances dans des mouvements spéculatifs de grande ampleur. La part de l’économie réelle décroît à mesure que le capital financier se développe. 3. L’idéologie : Adhésion au système L’idéologie se diffuse en tenant compte d’un état d’esprit général. Ces élaborations idéologiques sont relayées vers le grand public par l’industrie des mass-médias, industrie qui a développé de multiples canaux d’émission touchant les diverses parties de la population. Il se met ainsi en place une vaste toile permettant la circulation, en tout sens et parfois en dépit du bon sens, des mêmes discours, mais adaptés aux diverses circonstances. L’Etat ne doit plus contrôler par en haut, l’idéologie s’est largement décentralisée, via le câble, les TV locales, et imprègne toute la vie quotidienne, faisant que l’on assiste à un réel phénomène d’autonomisation de celle-ci… 4. La répression Les États sont expropriés de leur force d’intervention économique, ils ne conservent que les forces de répression, ils sont devenus des appareils de sécurité pour les méga-entreprises. L’État n’a plus le droit ni la possibilité de toucher à la sphère économique. 5. Comprendre la crise qui se poursuit Il ne faut pas oublier l’état de la crise économique actuelle, qui est sans aucun doute la plus grave par sa profondeur et par le nombre de pays qu’elle frappe. Après avoir démarré en Asie en 1997, la crise a déstabilisé le Japon, puis s’est généralisée à d’autres pays émergents d’Europe (la Russie) et d’Amérique (le Brésil, le Mexique). Il s’agit d’une crise générale qui ne se réduit pas à un accident financier, mais touche les ressorts profonds de la croissance mondiale. C’est la mondialisation financière qui est touchée. Les débâcles se sont succédé à un rythme accéléré : krach boursier de 1987, crises des monnaies européennes puis mexicaine de 1994, crise des pays émergents d’Asie en 1997, crise de la Russie. + crise de 2008 (subprimes) Le début du XXIème siècle n’échappe pas à la logique enclenchée. Les crises précédentes avaient été maîtrisées car les acteurs publics jouaient encore un rôle important. Ainsi, la crise de la dette latino-américaine du début des années 1980 concernait la dette souveraine de pays en voie d’industrialisation, et non le secteur privé. Aujourd’hui, la configuration est totalement différente. Les marasmes financiers qui se sont abattus sur les pays d’Asie impliquent essentiellement des acteurs privés. Elles résultent d’interactions complexes entre une multitude d’acteurs obéissant à une logique micro-économique. La forte interdépendance des économies nationales engendrée par la mondialisation accroît sa gravité. On est confronté ainsi à la difficulté, voire l’incapacité où se trouve l’économie de marché mondialisée à s’autoréguler. S’impose dès lors, pour le capital, la nécessité de proposer dès maintenant un autre mode de régulation de l’économie mondiale en limitant le pouvoir exorbitant des marchés et en redonnant de l’importance à l’intervention de l’Etat par le biais de la taxation des opérations financières, en tentant de réduire les effets négatifs de l’interdépendance des économies.

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