9 UN MONDE A CHANGER

Ce nouveau siècle qui s’est ouvert est marqué, à la fois par la continuité, et à la fois par les transformations profondes. Continuité d’un système en proie à ses contradictions économiques irrémédiables; transformation d’une société qui, comme tout organisme vivant, bouge, évolue, s’adapte pour survivre. Indiscutablement, le monde tel qu’il se définissait avant les deux guerres mondiales a vécu et si la crise, l’exploitation et la barbarie sous toutes ses formes continuent à marquer le cours de l’histoire, les termes ne s’en définissent plus de la même manière sur le plan de l’organisation économique et politique de la production et de l’organisation sociale, de la manière dont la loi de la valeur infiltre les domaines les plus privés de l’activité et de la pensée humaine. Or, l’inhumanité devient la caricature de plus en plus perceptible du monde capitaliste… Entre les génocides, la corruption politique généralisée, la faillite des idéologies démocratiques ou staliniennes, le développement des guerres locales, les interventions militaires sous couvert d’intentions humanitaires et la recrudescences d’épidémies et de maladies que la science avait permis d’éradiquer depuis longtemps ; entre la folie de la vache, la peste du porc, la dioxine du poulet, le mercure et la marée noire du poisson ; entre le réchauffement de la planète et la destruction des forêts, les bombardements, le terrorisme, la vie n’a qu’à bien se tenir ! Les transformations actuelles de la société, exacerbent encore cette tendance et ne sont pas sans avoir de répercussions sur la vie quotidienne, sur les valeurs défendues par la société elle-même, sur la représentativité des institutions de la bourgeoisie. Par contre, ces changements positionnent l’homme en tant que « consommateur », ou acteur du spectacle capitaliste de sa propre exploitation : shows télévisés à l’américaine, remise en question de la position du Père, le « tout est permis », faussement libertaire. Le passage implique un changement radical quant à la prise en compte de l’individu rendant de plus en plus aléatoire son positionnement comme sujet : le libéralisme à l’œuvre.. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la pénurie, le manque de moyens de première nécessité, et la nécessité de travailler jour après jour pour se les procurer, ne sont désormais plus inéluctables. Malgré le fait que jamais auparavant autant d’êtres humains n’ont souffert de la faim, une société d’abondance, dans laquelle les humains sont libérés de l’esclavage salarié, est maintenant objectivement possible. Mais l’existence de cette possibilité ne suffit pas. Pour réaliser cette possibilité, et donc d’en finir avec cette société conditionnée par le rapport marchand et adaptée au règne de la pénurie, la nécessité d’un changement fondamental avec le passé doit être posée clairement. C’est la crise du capitalisme et ses implications mortifères qui font du changement une question de survie pour l’humanité. L’alternative « socialisme ou barbarie » pouvait sembler une formule abstraite dans les années où l’illusion était encore possible mais, aujourd’hui, elle démontre quotidiennement la cruauté de sa vérité dans la vie de chacun d’entre nous. Elle impose de réfléchir à un changement possible. Depuis des années des changements importants se sont produits dans la société capitaliste. La croissance se poursuit, mais une transformation s’opère : la croissance implique désormais la destruction pour pouvoir se maintenir. La destruction, comme les deux guerres mondiales l’ont montrée, devient inhérente au capitalisme, pas seulement dans la violence déclarée, civile ou militaire. Partout la bourgeoisie organise l’obsolescence des objets, c’est-à-dire que la durée de vie des objets, des produits industriels, est abrégée volontairement: le prêt-à-jeter se généralise, l’industrie du gadget se développe…. L’armement entre dans la production pour la croissance. En ce sens, le mûrissement des conditions objectives et subjectives permettant un bouleversement social, c’est-à-dire du durcissement pour l’individu de ses conditions d’existence, et de la prise de conscience de son insatisfaction, se poursuit, malgré la difficulté que nous pouvons avoir à en déceler les indices, et surtout, sans que ceci constitue une voie tracée de manière mécanique à cette perspective de naissance d’une nouvelle société. MAIS QU’EST-CE QUI A DERAPE DANS LA SOCIETE ACTUELLE ? Selon qu’elle est ponctuée d’exclamation ou d’interrogation, cette phrase rassemble bien deux caractéristiques majeures de la période présente : la nécessité de se donner d’autres outils pour comprendre le monde actuel et aussi, l’inquiétude quant aux perspectives offertes par le capitalisme actuel. Si on ajoute à cela l’incertitude économique, la crise, l’impossibilité totale, pour les capitalistes, de dire de quoi demain sera fait, on peut raisonnablement penser que le monde est en train de montrer son fondement réel et profond de façon plus claire qu’auparavant et que c’est la prise de conscience de ce fonctionnement qui génère un questionnement nouveau à propos des perspectives que la société actuelle offre. Il est vrai que régulièrement le système en place est traversé par des convulsions sociales qui illustrent le malaise des hommes. Ce malaise reflète l’angoisse, les injustices, l’inadéquation politique et la peur de l’inconnu, la crise économique qui se manifeste par la pénurie, même au sein de nos sociétés « d’abondance ». Ce malaise pousse l’homme au travers de luttes sociales à vouloir s’émanciper de la détermination économique qui entraîne la soumission, et à s’affirmer comme sujet capable de transformer le rapport marchand. Si dans toute l’histoire de l’humanité, il y a eu conflit entre les besoins humains, le désir propre à l’homme et les exigences de la survie matérielle, se manifestant par le désir d’affirmer sa singularité sociale comme sujet et de dépasser la condition de simple acteur imposé par la conformation au système économique, par contre ce malaise se transforme avec le développement du capitalisme et exprime une contradiction faisant que la révolte illustre les potentialités d’un changement révolutionnaire. DES REACTIONS Ce qui n’empêche que régulièrement des contradictions ne se font jour et éclatent révélant ainsi l’existence effective de cette dualité entre la singularité et les exigences sociétales du rapport marchand. Cette contradiction explose fréquemment et permet dialectiquement, lorsque la classe opprimée s’exprime en tant que sujet, d’opérer un changement. Il se heurte à la réflexivité de l’homme et provoque l’insatisfaction, des révoltes sociales. Elle développe un contre discours sociétal. S’il importe de limiter l’instinctuel de l’animalité de l’homme en regard de la loi, loi symbolique qui prévoit : l’interdit de l’inceste, l’interdit du meurtre, « de s’enrichir » grâce à l’interdit du vol, pour protéger la privatisation, et à l’interdit de la paresse, pour promouvoir l’activité de l’homme et la création. Ces interdits symboliques se conjuguent avec l’affirmation de l’entendement humain : la recherche fondamentale de la solidarité, de la fraternité, de la liberté, de l’égalité. La lutte pour la liberté, la lutte pour le droit à la parole, la lutte pour la libre réflexion, la lutte pour la reconnaissance, a toujours été une revendication des travailleurs. La lutte pour la liberté d’expression, pour le droit d’association, pour la justice sociale constituent des éléments importants pour s’affirmer contre le pouvoir endémique de ceux qui contrôlent le rapport marchand, de l’aristocratie à la bourgeoisie, et dénoncer le régime de terreur qu’elle impose pour protéger l’exploitation capitaliste, et la logique du rapport marchand. Nous lions les possibilités d’émancipation du prolétariat, non seulement aux conditions historiques générales de la phase de développement des forces productives dans un cadre social déterminé, mais aussi au niveau de conscience impliquant la compréhension d’une nécessité d’affirmation d’un sujet collectif pour exprimer l’être générique du prolétariat. L’organisation de la classe ouvrière dépend de sa nature de classe, de son rapport à la conscience. Fondamentalement, il s’agit pour l’homme de dépasser la condition qui lui est faite par le capitalisme. Si ce dépassement se limitait aux conditions de la lutte économique ou politique contre le système, on pourrait se contenter d’une bonne stratégie pour mobiliser les masses. Cette conception, héritée de l’idéologie léniniste a fait faillite car ne tenant pas compte de ce phénomène d’aliénation faisant que l’homme hésite quant à sa démarche de s’affirmer en tant que sujet, que l’homme a tendance à reproduire les rapports sociaux existants, à recréer des structures identiques, rassurantes, à privilégier l’avoir au détriment de l’être. Peur de l’inconnu, de l’aventure, peur renforcée par le discours idéologique dominant où tout est mis en œuvre pour accentuer la nécessité de maintenir le lien, l’aliénation. Mais conception ne tenant pas compte de l’évolution économique en cours et de la nature même de l’homme. Se pose ainsi la question d’une histoire de l’homme en fonction de la recherche d’un autre social : les révoltes d’esclaves, de la plèbe romaine, des artisans moyenâgeux, aux ouvriers du capitalisme, des jeunes « indignés ». Ils expriment certainement le désir, certes inconscient, de s’assumer comme sujet, de briser la réification, d’aller à la rencontre d’une autre façon de vivre et de subsister. Ils questionnent fondamentalement le bien-fondé de l’existence du rapport d’appropriation, de l’État capitaliste d’aujourd’hui. De l’homme nature, à l’homme esclave, à l’homme serf, pour en arriver à l’homme machine, voire à l’homme robotisé de la contre révolution, se révoltant contre la bureaucratie pour devenir l’homme cybernétisé d’aujourd’hui. Historiquement cette tension s’exprime par la révolte contre la soumission de l’homme aux nécessités d’accumulation du système en place. Cela s’expriment, à des degrés différents certes avec les révoltes d’esclaves, de la plèbe romaine, Spartacus, les Révoltes paysannes, par les luttes ouvrières qui elles, expriment une possibilité de dépassement du K. Cela met en évidence le questionnement, et son évolution historique. Spartacus pose la question de la fraternité, base du développement du christianisme. Les luttes du Moyen-âge soulèvent la question de la justice et ouvrent à l’humanisme. La révolution française pose le problème de la liberté politique et permet à l’individu de se ressentir citoyen. Mais l’exploitation de l’homme par l’homme n’est pas soulevée (sauf chez Babeuf). La Commune de Paris soulève la question de la solidarité et intègre les enseignements du socialisme : AIT, Marx. Mais elle ouvre le chemin de la social-démocratie qui s’épanouira dans la décennie suivante. La classe ouvrière est encore minoritaire. La révolution russe prodigue les prémisses d’un communisme possible : le questionnement prolétarien se formalise, avant de succomber sous les coups de la contre révolution stalinienne. Mais comment expliquer les révoltes historiques de l’homme contre ce rapport ? Comment expliquer également l’existence de rapports non marchands au sein de populations étrangères à la civilisation marchande ? Comment théoriser la notion de « communisme primitif » défendue par Engels ? Ce phénomène d’ex-nomination prend place à travers l’idée de nation, qui est propre à la bourgeoisie. Ainsi, la bourgeoisie disparaît complètement sur le plan idéologique. La bourgeoisie a effacé son nom en passant du réel à sa représentation, via le nationalisme. Le patriotisme sera le moule dans lequel la population sera pressée, le drapeau national rassemblant les classes et servant, par le biais du service militaire généralisé, à véhiculer l’idéologie du respect de la hiérarchie, de la Nation, de la solidarité nationale. Il nous faut revenir de façon critique sur l’histoire de notre temps et découvrir, sous le discours écrasant du modernisme, les contradictions réelles de la modernisation. Le triomphe économique de la bourgeoisie a ruiné en un siècle, le 19è, toute la vieille culture aristocratique européenne. Nietzche constate amèrement le fait dans les années 1870 et 1880, mais sans en dégager les véritables causes. Marx, dès 1848, les avait pourtant bien vues. Dans le Manifeste, il note que le capital, fort de tout le dynamisme d’une classe encore conquérante et de tous les moyens que lui donne le sacro-saint progrès technique, s’empare de toute la production culturelle. Les artistes et les intellectuels deviennent ainsi, lentement mais sûrement, des salariés à ses gages. Pendant l’entre-deux-guerres, l’idéologie libérale traditionnelle est pour ainsi dire évacuée : en cause le bouleversement profond sur toile de fond de crise économique faisant que la confiance dans le progrès individuel est fortement ébranlée. De plus, il faut justifier l’intervention croissante de l’Etat, et donc refuser l’individualisme économique au profit de la démarche étatique du « New Deal », du « Front Populaire », du « Plan De Man »,… De l’échec du libéralisme va naître aussi le besoin d’une action collective et d’une certaine idéologie de « fraternité »: Société des Nations, fraternités « ouvrières » sous l’égide du PS, du PC, auberges de jeunesse, Amis de la Nature,… alors même que la révolution communiste est tenue en échec. Cette démarche générale va faire émerger les bases d’une idéologie technocratique développant la conception de la direction et de la gestion purement bureaucratique de la société. Mais les massacres de deux guerres mondiales ne pouvaient continuer à se revendiquer de la rationalité d’un système qui manifestement avait des ratés. La rationalité des chambres à gaz et leur justification « scientifique » marquait clairement la fin d’un paradigme et la nécessité de trouver un autre terrain de discussion. La demeure de l’humanisme classique, le rêve du règne de la raison sur lequel se fondait la société occidentale se sont effondrés C’est au cœur de l’Europe que s’est révélé le degré ultime de barbarie jamais atteint par un gouvernement. Avec les massacres de populations coloniales des XIXème et XXème siècles, la destruction cynique des ressources naturelles et animales de notre planète, le combat de Voltaire pour la fin de la torture, des massacres au nom d’une idéologie s’est soldé par un échec. Dix années après que la Gestapo eut quitté Paris, les compatriotes de Voltaire et de Victor Hugo torturaient les Algériens. Après Auschwitz, il n’est plus possible de penser la politique, l’art, la science et la philosophie comme auparavant. Auschwitz est cet événement total qui ouvre une blessure qui ne cicatrisera jamais. Tout cela implique des changements sociétaux fondamentaux touchant non seulement les conceptions de la science, mais également le domaine de l’éducation. Nous sommes venus « après », après les atteintes inimaginables portées aux espoirs, aux valeurs humaines par la bestialité du capitalisme. Il est impossible de ne pas en tenir compte. Penser l’éducation, la littérature comme s’il ne s’était rien passé d’important est devenu impensable. L’immédiat après-guerre est caractérisé, malgré le Plan Marshall, par une certaine pénurie matérielle en Europe. La mode est encore à l’engagement, à la défense du Parti.. Existentialisme, personnalisme, idéologies affirmant la liberté de l’homme tout en se soumettant à la discipline d’appareils politiques qui incarnent encore momentanément la vérité, tentent de rassembler les intellectuels. Ce paradoxe arrive à son exacerbation avec la Hongrie 56 et l’apparition de mouvements anti-coloniaux. L’accumulation du capital, après cet épisode malheureux, a pu reprendre après les destructions et bénéficier des innovations produites par les efforts de guerre. Bureautique, informatique, informatisation ouvrent de nouvelles voies. Crise actuelle Aujourd’hui, le capital développé lutte à nouveau avec la surcapacité et la chute du taux de profit. Avec un endettement privé plus important qu’à l’aube de la dernière récession et son marché boursier qui perd de la valeur, l’économie américaine ne peut désormais plus fonctionner comme le principal marché pour le reste du monde, et l’Europe ne semble pas capable de prendre le rôle de locomotive en relais. Le taux de croissance de la productivité se ralentit aux États-Unis. Les économistes bourgeois admettent à présent que le taux spectaculaire dont bénéficiaient les États-Unis auparavant n’était pas seulement du au changement technologique mais aussi à une augmentation de l’exploitation (une augmentation brusque de travail non compté et non payé, etc) qui ne peut être poursuivie indéfiniment. Grâce à la mondialisation, l’impact de la nouvelle récession va être ressenti plus largement qu’auparavant. Elle sera dévastatrice pour la périphérie, et très dangereuse pour le Japon, et par extension pour les États-Unis étant donné leur dépendance par rapport à un afflux continu de capital japonais. Mais la croissance et les profits plus élevés des dernières années ont augmenté les rentrées des états dans le capitalisme développé et leur ont permis d’éliminer ou de réduire fortement leurs déficits budgétaires (sauf au Japon). Ceci leur donne davantage de marge de manœuvre pour contenir une contraction par le déficit budgétaire. Ceci aurait pour conséquence une demande croissante de la part des gouvernements de capital financier qui va augmenter la compétition entre les États-Unis et l’Europe à propos des flux de capitaux et va donc allumer un gigantesque incendie entre l’Euro et le dollar qui se battent pour occuper la position de monnaie de réserve. Cette lutte peut mener à de sérieux antagonismes politiques, et à long terme peut-être militaires. En même temps, l’Europe et les États-Unis vont œuvrer ensemble au développement de la mondialisation et vont forcer l’élimination des obstacles à la mobilité du capital, afin de stimuler les contre-tendances à la baisse du taux de profit. La surcapacité globale va forcer les compétiteurs les plus faibles à dévaloriser davantage. La déflation va continuer à s’étendre. D’autre part, la difficulté du capital à trouver des opportunités pour des investissements rentables va augmenter la tendance à  » stocker  » la valeur dans les valeurs financières des capitaux les plus forts. Ce transfert croissant de richesse vers le secteur financier va miner encore davantage la demande productive et donc exacerber la surcapacité et éroder la création de nouvelle valeur. L’utilitarisme gagne sur tous les tableaux, mais cet utilitarisme ne concerne pas le bien du plus grand nombre, mais seulement le bonheur individuel réduit à l’appropriation des objets marchands. C’est cela le sens de l’autonomie recherchée. Les effets sur le prolétariat Le travailleur, lui aussi, a été profondément modifié : il est passé du lieu de production à une mobilité beaucoup plus grande. Changeant de lieu, de pays, de fonction, il est plus que jamais taillable et corvéable à merci et de plus en plus adapté à la très grande souplesse des circuits de production. C’est là une des manifestations de la domination réelle du capital : si, autrefois, l’exploitation se faisait par l’allongement visible et formel de la journée de travail, le passage à la domination réelle permet à la classe exploiteuse de chanter les louanges de la société des loisirs, de légaliser le passage aux 35 heures dans les pays « riches » tout en accroissant considérablement le volume et l’efficacité du travail sans avoir l’air d’y toucher. Ce contexte de mobilité et d’approfondissement des effets de la crise économique et de l’exploitation jette, hors des circuits de travail, de plus en plus de monde. Les exclus constituent désormais un groupe stable, reconnu socialement comme une évidence incontournable du fonctionnement du système. Le capitalisme propose une vie basée sur les flux pour un sujet ouvert, toujours disponible pour de nouvelles propositions marchandes, où la souplesse et la flexibilité sont la règle. Le travailleur postmoderne est un sujet précaire, flottant, fluctuant, souple, nomade, branché sur des identités multiples, capable de rebondir rapidement. Cet individu vivrait dans un monde sans limites. C’est l’indice d’une crise du sujet moderne, crise qui est surtout visible dans les pays développés et qui touche plus particulièrement la jeunesse. Il est vrai que le mot « inhibition » a une connotation négative. Cette connotation négative aura probablement été décisive dans les choix qui seront fait dans les années 1970. Le capital tente effectivement d’autonomiser l’acteur sociétal qu’est le travailleur-consommateur, d’aujourd’hui. C’est la fonction de la spectacularisation de la société actuelle. Cela touche effectivement la culture, l’éducation, la survie dans cette société. RECUL DES ANNEES 80 Mais les luttes ouvrières, malgré l’encadrement réformiste, démocratique et syndicaliste de l’époque, ont toujours cherché à exprimer une ouverture, une possibilité de remise en cause de situations bloquées par l’idéologie bourgeoise, comme en 1932, 1936, 1960-61, ou lors des mouvements de grèves sauvages dans les années 70. Avec le recul des années 80, réapparition du partitisme et des conceptions substitutionnistes : terrorisme rouge… Il y « restructuration » et « mondialisation », entraînant une recomposition de la classe ouvrière. C’est ici qu’interviennent les développements sur la valeur et les transformations opérées au sein de la classe ouvrière. Autrefois travailleurs destinés à rentrer à un moment ou à un autre dans le circuit de la production, les « sans-travail » , tout comme les « réfugiés économiques » et autres migrants poussés hors de chez eux par des conditions de vie insupportables, viennent amplifier ce mouvement perpétuel de déplacement de populations et de circulation soumise aux besoins de l’économie, ainsi que les réactions des Etats à ces flux migratoires, au travers des expulsions des « indésirables » en-dehors de leurs frontières. Ces couches « exclues et non intégrées » peuvent se positionner comme prolétariennes : si elles lient leur avenir au refus de la logique K. Elles subissent l’exploitation K. Elles s’expriment de manière émeutière, et remettent en cause la logique de la circulation de la marchandise. Le concept de « recomposition de la classe » prend en compte la transformation économique en cours, l’adaptation sociologique l’accompagnant, mais également le surgissement d’une nouvelle expression potentielle du sujet révolutionnaire, dépassement historique de la contre-révolution, mais confrontation aux effets nouveaux de la réification post-soixante-huitarde. Nous avons mis en évidence ces changements : dans les mouvements sociaux en France, en 96. Un questionnement apparaît posant le problème des perspectives. Les luttes revendicatives pour des hausses de salaires « disparaissent ». Mais celles de résistance à l’exclusion s’organisent en étant encadrées par l’État, manifestant la peur de la bourgeoisie. Mais celles de résistance à l’exclusion s’organisent en étant encadrées par l’Etat, manifestant la peur de la bourgeoisie. Des mouvements de « non-intégrés » se développent et expriment ouvertement un questionnement. Ceci opère un repositionnement illustré l’apparition de nouvelles luttes, de nouvelles formes de luttes.

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