3 CAPITALISME EN VERT ?

 

Une question est posée : par rapport à la « dégradation » de la planète, que faire ?

Devons-nous adopter l’éthique des moines jaïns, ces ascètes hindouistes qui refusent d’utiliser les bougies de peur de brûler un insecte, ou encore prendre comme modèle l’austérité des frères franciscains dans l’espoir de sauver la planète ?

CONSTAT

Il ne s’agit pas ici de discuter de validité du constat de la dégradation des conditions de vie sur la planète terre : Augmentation démographique, urbanisation, déforestation, diminution des terres cultivables, inhumanisation, nuisances industrielles. Le film d’Al GORE est révélateur à cet égard.

Il ne s’agit pas de contester les causes de ces dégradations : l’industrialisation à outrance. Il ne s’agit pas de passer sous silence la logique implacable qui pousse le capitalisme à développer les bases de son propre suicide écologique.

Il ne s’agit pas de nier la responsabilité de la recherche effrénée de profits qui pousse à accroître de plus en plus les moyens de production. Il s’agit là de logique implacable du K.

QUE FAIRE ?

Il ne s’agit pas d’emboîter le pas aux sirènes de la réconciliation entre l’homme et la nature, « de s’intégrer dans un écosystème stable ».

Il ne s’agit pas qu’il suffirait de remplacer la technologie et des méthodes de production industrielles, par des énergies renouvelables qui existent bien (énergies éolienne, solaire, marémotrice, géothermique, solaire, houle, biomasse…) en pointant la mauvaise volonté des capitalistes, pour croire que quelque chose aura changé.

Il ne s’agit pas de demander aux dirigeants capitalistes d’arrêter de piller les ressources naturelles pour préserver l’avenir. Car la concurrence pour l’appropriation des profits mondiaux est une des bases du système actuel. Des tentatives de coopération internationale ont déjà été faites ; la SDN, puis l’ONU, par un exemple, furent fondées dans le but de « maintenir » la paix. Or, le 20ème siècle a connu les guerres les plus dévastatrices et meurtrières de l’histoire !

Il ne s’agit pas de tomber dans un schéma malthusien en prônant la restriction des naissances.

Il ne s’agit pas de se limiter à des modifications de comportements individuels, de modifier des besoins individuels pour que quelque chose puisse changer.

Il est clair, par contre, qu’une seule solution s’impose : la destruction du système économique qui engendre de telles nuisances. La nécessité de la révolution revient à l’ordre du jour.

Mais, paradoxalement, cette nécessité qui semble s’imposer à tous ceux qui posent le problème de manière quelque peu normale, ne fait pas recette.

Bien que problème global, bien que touchant la pérennité de l’espèce, bien que gangrenant les perspectives d’avenir, l’homme peut accepter des conditions d’extrême précarité pour assurer la quotidienneté d’une survie parfois.

QUELLE SOLUTION POUR LE CAPITALISME ?

Le capitalisme a créé le pare choc idéologique approprié : l’écologisme.

Est-il nécessaire de faire la distinction entre l’idéologie et l’action politique écologiste ? Il est clair que l’action politique développée dans divers pays européens depuis les années 80 n’a fait que permettre de donner bonne conscience aux divers gouvernements auxquels ils ont pu collaborer.

Par contre, il semble opportun de tenter de démonter cette idéologie, qui sous des airs « alternatifs » permet au système de poursuivre sa marche désastreuse.

Le credo écologiste est essentiellement individualiste.

Il participe ainsi pleinement aux discours de la post-modernité qui insistent sur la « responsabilité irresponsable » de l’homme.

Il participe d’un discours moralisateur et culpabilisant propre au retour d’une pensée obscurantiste incapable de déterminer les causes objectivantes.

Il participe d’un mouvement sectaire contraignant au nom des libertés individuelles de chacun : l’interdiction de fumer, de rouler en voiture,…Il poursuit le mythe soixante-huitard Des hippies aux écolos, la voie était tracée au développement d’une philosophie de la crise, théorisant l’absence de perspectives, liquidant au passage les balbutiements d’un retour de la pensée critique.

Il rejette l’ordre autoritaire et les divers appareils liés à celui-ci. Stalinisme, réformisme, christianisme sont balayés. Il rejette les sujets collectifs au profit de rassemblements ponctuels se cristallisant autour de la défense des droits de l’homme et de la nature: Amnesty International, Ligue des Droits de l’Homme, féminisme, ….

Il s’exprime par un refus des dogmes politiques qui se traduit dans une idéologie anti-totalitaire, mais compensée par la recherche de nouvelles religiosités, par la consommation de produits culturels rapidement renouvelés: le voyage, l’errance, la mythification d’un retour à la nature…

Il se caractérise par l’offensive de la scientificité, où le savoir des spécialistes écologistes va expulser petit à petit l’homme politique pour donner, non pas une explication globalisante, mais théoriser le chaos, la réapparition d’explications parcellaires, l’atomisation.

Quoique les préoccupations soient les mêmes, il est nécessaire de faire la distinction entre l’idéologie écologiste et l’activité politique écologiste et les précédents mouvements de masse pour la protection de l’environnement.

Dans les années 1960, un large mouvement mais cependant plus radical politiquement, s’est développé : les mouvements verts actuels, bien que larges, sont politiquement plus modérés. Les mouvements environnementaux précédents ont souvent avancé une critique politique radicale de la destruction de la planète et des causes fondamentales.

Si la pollution est devenue socialement inacceptable, pourquoi le problème devient-il plus grave ?

Dans le cas de la protection de l’environnement, la solution est aussi ramenée à un problème de choix et de modèle de consommation : si seulement les industries pouvaient polluer un peu plus raisonnablement, les choses iraient bien. Pour les individus, les solutions vont de diminuer le niveau du thermostat ou d’éteindre les lampes dans les pièces où on ne se trouve pas (c’est la solution d’Hillary Clinton), jusqu’à conduire des voitures hybrides. En d’autres termes, une consommation plus responsable : si nous agissons tous ensembles, le problème peut être résolu.

Le capital a même été capable de transformer cette préoccupation pour l’environnement en pistes pour augmenter les profits.

De plus en plus d’industries : l’électronique, le bâtiment, la chimie profitent du cercle vertueux du « développement durable » : elles investissent dans des installations consommant moins d’énergie et de matières premières permettant de réduire les coûts de production tout comme la pollution. De nouveaux marchés s’ouvrent ainsi.

Comme alternative à la dépendance par rapport à l’énergie fossile qu’est le pétrole, le bio-carburant est mis en avant comme une alternative verte. Les céréales et le sucre de canne sont utilisés pour le carburant (éthanol) au lieu de servir de nourriture. Ceci a créé des profits pour le commerce agricole mondial mais a conduit à une montée en flèche des prix sur le marché mondial et contribue actuellement au réchauffement mondial. De plus, comme les ressources diminuent, le potentiel de conflits armés avec leur cortège inévitable d’atrocités augmente. Même dans le cas de préoccupations écologiques, le capital est prêt à tout rattacher au profit.

Alors, j’en reviens à la question du début, que faire ?

Faut-il se désintéresser du problème, faut-il laisser le K, élément destructeur, se refaire une virginité verte en engrangeant de nouveaux profits ?

Est-ce que cette crise écologiste remet en cause les perspectives tracées par MARX par rapport au développement des forces productives ?

(Un livre à lire : MICHEA, L’empire du moindre mal. PRIVAT – certains textes de BLANQUI, les textes de BORDIGA)

F D

 

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