1 POSTMODERNITE

 

Au niveau économique,

Si l’après-guerre avait partagé le monde en deux blocs impérialistes concurrents, la dynamique de mondialisation a progressivement fait voler en éclat les murs trop rigides. L’écroulement du mur de Berlin constitue une métaphore dans ce processus et le visage de l’impérialisme aujourd’hui est représenté par un double mouvement : celui des ententes économiques passagères et de domination hégémonique d’un seul bloc d’une part  et d’autre part d’un accroissement sans précédent des tensions et des conflits impérialistes, entraînant une instabilité politique mondiale et une nécessité d’interventions et d’occupations militaires directes. Si les années 60 marquaient la fin des occupations coloniales paternalistes, l’exploitation des richesses en minerais et particulièrement des sources et de la circulation des énergies (gaz, pétrole) se fait sous forme de « partenariats » entre les pays pauvres souvent abandonnés à leur soi-disant souveraineté nationale  et les entreprises des pays développés. Les grandes puissances coloniales ne s’encombrent plus de construire des routes, des hôpitaux et des écoles dans les territoires colonisés mais vont désormais à l’essentiel de l’exploitation…

Ces quarante dernières années ont vu une accélération sans précédent de la capacité du système à se transformer. L’utilisation des nouvelles technologies ont modifié profondément les formes d’organisation du travail, la composition de la classe ouvrière et la notion de travail productif. La mondialisation, avec l’interdépendance des économies nationales, la circulation très rapide des biens et des capitaux, ainsi que le développement d’un capital fictif de plus en plus autonome représentent la capacité du système économique à contourner temporairement certaines de ses contradictions (tout en se fragilisant encore davantage). Ce mouvement de mondialisation a entraîné une circulation et une flexibilité extrêmes de la main-d’œuvre internationale désormais sans racines et sans ennemi identifié mais en même temps confrontée à une unification progressive de ses conditions d’exploitation.

Avant mai 68 et 1974

Sortie de la religion.

Vieille structure hétéronome reste toujours en place. L’autorité émane d’un pouvoir hétéronome : Dieu, le religieux, l’Etat.

L’impérialisme provoque des guerres.

L’après Mai 68 a mis au goût du jour l’image du citoyen consommateur. Mai 68 tentera d’adapter la formation de ce citoyen consommateur aux exigences d’une main d’œuvre plus autonome, capable « d’autogérer », avec la révolution technologique et informatique, la valorisation du capital.

L’après Mai 68 voit fleurir le discours radical de gauche s’adaptant aux divers mouvements sociaux et a produit historiquement un discours humaniste réactionnaire prônant le retour aux valeurs originelles : amour de la nature, de la communauté primitive, du solidarisme, de la communion esthétique.

Des hippies aux écolos, la voie est tracée au développement d’une philosophie de la crise, elle théorise l’absence de perspectives, elle liquide au passage les balbutiements d’un retour de la pensée critique : si le structuralisme n’a pas résisté à la critique universitaire, la nouvelle philosophie, Derrida, Domenach, Ferry, Fukuyama qui théorise la fin de l’histoire, Habermas qui a perdu le sujet de l’histoire, Morin… sont les nouvelles égéries de la pensée occidentale : la critique en reste à faire.

Cette période voit la décomposition des sujets collectifs et des appareils sectateurs au profit de rassemblements ponctuels se cristallisant autour de la défense des droits de l’homme et de la nature: Amnesty International, Ligue des Droits de l’Homme, féminisme, écologisme,….

CHOC PETROLIER DE 1974

Mutations économiques

Transformation de la vie économique : de nouvelles implantations économiques dans les pays à bas salaires. Pays émergents : Japon, Chine.  Pétro dollars.

Début de la numérisation, tournant 1980 : apparition de l’ordinateur personnel. Le technologique prend de l’ampleur.

Une nouvelle gestion économique apparaît : on passe de la contrainte à la persuasion.  K financier émerge, change devient flottant.

L’algorithme permet de prévoir, et d’évaluer en fonction de la valeur argent. Automation généralisée, sans intervention humaine.

La science se réduit à la technologie. Les connaissances se parcellisent.  Difficultés pour élaborer un savoir.  Il n’y a plus de références totalisantes expliquant le monde.  Les exports apportent des connaissances parcellaires.

La transition de la domination réelle entraîne de nouveaux modes de subjectivation dans lesquels la loi de la valeur et la quantification de toutes les relations sociales sont directement impliquées. Ce ne sont plus les idéologies pré-capitalistes de la couronne et du sceptre, ou mêmes les idéologies spécifiquement prolétariennes (liées aux idéologies pré-capitalistes de l’artisan et du citoyen) mais des idéologies spécifiquement capitalistes qui influencent maintenant les représentations du monde de l’ouvrier. Au 20ème siècle, avec la montée du fordisme et l’époque de la guerre permanente, deux modes de subjectivation lient le travailleur au capital, et ont constitué des barrières formidables aux modes révolutionnaires de subjectivation.

Premièrement, la subjectivation en tant que consommateur; apparemment une extension de l’individualisme du bourgeois, ce mode de subjectivation lui-même est l’antithèse de l’individualisme, et présuppose en effet un processus social de massification dans lequel la personne est prise dans un processus de consommation sans fin – le contrepoint parfait du fordisme qui est basé sur la production pour un marché de consommateur.

Deuxièmement, la subjectivation à travers l’identité radicale, ethnique ou religieuse; la formation d’une masse nationaliste ou xénophobe à travers laquelle la perte du sentiment d’appartenance à une communauté ressentie par une grande partie de la population (y compris la classe ouvrière) peut être canalisée dans la haine de l’Autre et la loyauté à sa « propre » nation ou peuple (et classe dominante). La probabilité, donc, est que le capital se tourne de façon croissante vers le nationalisme et la xénophobie comme base de la subjectivation de la masse de la population, et vers des idéologies racistes. Ceci signifie que la guerre capitaliste va de plus en plus prendre la forme d’une guerre de race, une tendance qui s’est déjà manifestée dans le cours du 20ème siècle, et qui menace maintenant de devenir la véritable caractéristique du capitalisme du 21ème siècle.

 Un discours pragmatique et libéral voit le jour : « Je jouis donc je suis ».

 La norme sociale est récusée au profit de l’individualisme libéral. L’adresse ne peut se faire : l’apostrophe est difficile à faire, il n’y a pas d’Autre, pas de Tiers référent à apostropher.  Le questionnement d’ipséité ne reçoit pas de réponse, si ce n’est l’expression de l’hyper spectacularisation des désirs égocentriques.

Avec la domination formelle du capital, la loi de la valeur ne fournit pas directement les bases de la subjectivation de l’ouvrier. Le capital prend simplement l’ouvrier comme il a été subjectivé dans le monde pré-capitaliste, et il ajoute essentiellement la discipline de l’entreprise, le législateur et le bourgeois au sujet humain tel qu’il l’a trouvé historiquement.

La cellule familiale reste primordiale. Les poussettes d’enfants : l’enfant regarde les parents.

La postmodernité en marche : 1974. Le pragmatisme se met en place.

Les poussettes changent : l’enfant est dos aux parents et regarde devant lui.

      

Mutations politiques

Effritement de la centralisation étatique. Il y a dés-impérialisation au profit « d’opération de police ».  Fin des Empires.

Effacement du collectif au profit de la jouissance personnelle.

Mutations historiques

Séparation entre passé – présent – futur. Difficultés à se situer dans le temps.  La généalogie disparaît. Le monde commence avec l’individu : enfermement dans le présent, dans l’actualité. Hypnose du présent.  Il n’y a plus d’utopies, mais interdiction de penser le futur. Effondrement des utopies ouvrières.  Il faut préparer l’avenir.

Mutations du droit

Avant le principe de légitimité venait d’en haut : la transcendance.  Dans la postmodernité, le principe de légitimité provient d’un consensus d’individus libres, qui émerge en 1650. Révolution des Droits de l’Homme aux USA, en France.  La légitimité émerge à partir du consentement mutuel.

L’identité change.

Avant elle émanait et était assignée par la généalogie, la naissance. L’identité était inscrite.  Avec la postmodernité, l’identité est souscrite. Elle émane de la liberté, du Droit, de la jouissance individuelle.  Ne vivre que pour soi.  Cela provoque de la résignation, de l’inertie. Il n’y a plus de contestation, car pas d’alternative.  Comment s’opposer ?

La fonction paternelle en question

L’insertion dans la culture des enfants et des adolescents relève d’une fonction d’humanisation que la psychanalyse repère comme  » fonction paternelle « . Evidemment cette fonction que l’on croirait naïvement l’apanage des pères, chacun d’entre nous en est responsable. La fonction paternelle, en effet, conditionne les modes d’entrée d’un sujet dans la culture, notamment dans le concret du langage.

A travers la transmission d’un interdit fondateur, l’interdit de l’inceste, s’origine une place dans la communauté humaine pour un sujet. Mais cette transmission, qui situe un enfant dans l’ordre de la culture familiale, à partir du repérage dans la filiation.

L’affaiblissement des identifications secondaires ne permettent plus à l’adolescent de consolider son identité, son besoin d’individuation sur la différence la plus significative qui est l’intergénérationnel. Cet effacement du rapport entre les générations, corrélatif du narcissisme, du refus de vieillir, et du refoulement par la société et les hommes de la mort, fragilise les identifications, comme le suggère Anatrella[1].

Le processus identificatoire constitutif de l’identité et qui sous-tend le travail de symbolisation relève du concept freudien d’étayage, d’après Palmade[2] : identification par étayage aux images parentales réunies, étayage sur les objets culturels symbolisant le sublime.  Il permet de travailler sur l’écart entre le proche et le lointain, l’antérieur et l’ad-venir, les problèmes intérieurs de la personnalité humaine et l’activité extérieure.

La limite est introduite sous la forme de l’impossible par le père pour faire butée au fantasme de toute puissance du petit d’homme. Le père a pour fonction d’introduire les fils de l’un et l’autre sexe, comme le disent les textes du Moyen-Âge, à la finitude de la dimension humaine, aux limites, à ce qu’en psychanalyse, on nomme la castration. Le discours scientiste vient mettre à mal le principe même de cette transmission.

[1] ANATRELLA, T. (1999) ; Interminables adolescences. Paris. Editions Cerf/Cujas.

[2] PALMADE, J. (1999) Postmodernité et fragilité identitaire. Paris Revue Connexions. 55/1999-1  (p9).

 

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